Ne
reculant devant aucun sacrifice, j'ai rencontré
le beau et sémillant Christian Vander, leader charismatique
du plus atypique des groupes de rock français,
j'ai nommé Magma. Il m'a reçu en toute simplicité
dans son bureau en train d'écrire (Vander pas le
bureau). Il portait un long manteau noir sur lequel figurait
un signe cabalistique assez abscons.
C'est
quoi ce signe que vous avez sur votre manteau ?
C'est un logo. Comme Renault par exemple…
Le
chanteur ?
Non, les bagnoles qui sont toujours en panne.
Ah,
d'accord.
Oui, tout le monde a son logo. Magma en a un. C'est pour
bien nous reconnaître. Tu regardes le logo, tu sais
que c'est Magma ! Pas con, hein ?
En
effet… Mais vous écrivez quoi, là
?
Je travaille à une œuvre de vulgarisation
du kobaïen.
Comment
ça s'appelle ?
"Le kobaïen sans peine".
C'est
quoi le kobaïen ?
C'est une nouvelle langue super passionnante. Le concept
est génial. Il s'agit de l'Uniweria Zekt.
Hein
?
C'est super simple. Y'a un mouvement Kobaïen qui
est en fait une métaphore du départ, de
la rupture totalement irréversible qui s'applique
aussi bien au rejet des civilisations à la con,
totalitaires oppressives qu'à des modes d'expression
obsolètes sur lesquels tout est à reconstruire.
Magma se situe donc comme un vecteur hyper puissant de
la pensée kobaïenne profonde, Tu piges ?
Euh…
Bon. J'explique. Le groupe Magma à travers sa super
musique magistrale est le porteur de cette parole forte
sur cette putain de Terre. Ainsi, le groupe que j'ai créé
en 1970 continue son inébranlable quête de
la Beauté, de la Sagesse et du Bonheur. Rien que
ça.
C'est
fort !
Tu l'as dit bouffi ! La musique de Magma, j'ai appelé
ça "zeuhl". Ca m'est venu d'un coup dans
un putain de moment d'inspiration. Ce mot veut dire en
kobaïen "musique céleste" ! Et elle
l'est, tu peux me croire !
Pourquoi
le kobaïen ?
Bon. Chanter en anglais, ça fait pas terrible pour
notre musique. J'ai pas envie qu'on nous prenne pour un
groupe européen bourrin de heavy metal à
la con. Ensuite, en allemand on nous prendrait peut-être
pour des néo-nazis.
Et
pourquoi pas en français, comme Kyo ou Ange ?
Qui ça ?
Ange…
Eux c'est normal. Ils se la jouent terroir, légendes.
Tu les vois parler de fées, d'un maréchal-ferrant
dans une autre langue que le français ? Ils seraient
pas crédibles. Magma, avec le concept que véhicule
le groupe, ça serait vraiment nul. Et puis comme
en kobaïen, personne y comprend que dalle, tu peux
toujours croire que ce qu'on chante c'est génial.
Et avec la musique, ça devient hyper impressionnant.
Vous
pouvez pas nous expliquer un peu le kobaïen ?
Eh bien, le kobaïen est une langue que j'ai inventée
un soir que je regardais un vieux film russe, "Les
chevaliers teutoniques", sur Arté tout en
fumant un pétard en écoutant en fond sonore
un vieux vinyl de Coltrane. Je me suis dit : "putain
Chris, super le concept !" J'ai alors imaginé
une histoire d'un peuple en marche.
Comme
ça marche le kobaïen ?
Eh bien, c'est simple. D'abord tu dois savoir que le kobaïen
se doit d'utiliser des chiées de k.
Ah
bon ?
Parfaitement. De plus tu as impérativement à
mettre un tréma sur presque toutes les voyelles
utilisées juste pour une question de phonétique,
car le kobaïen se doit d'être guttural, mot
qui signifie : qui part du gosier. Conclusion : le kobaïen
doit être postillonné !
Pas
possible ?
Si, je t'assure. Quelques h par ci par là
ne sont pas non plus à dédaigner car ça
fait plus teutonique quand on lit les pochettes.
Ah
bon ?
Oui. Et de temps en temps, on ajoute aussi des accents
circonflexes.
Beaucoup
?
Non. Pas trop quand même… Faut pas pousser
!
D'accord.
Parfois, il serait bon, mais ce n'est pas obligatoire,
de doubler le a ou le u si l'on veut.
Ca
a l'air compliqué !
Mais non ! Si tu veux, on peut faire un essai.
Pourquoi
pas ?
Bon. Tu es prêt ?
Oui.
Allons-y. Je commence à te parler : äz
tü aïméz Mekanïk Destruktiw Kömmandöh
dheu Magmä ?
Nhön.
C'est faux. Fallait répondre : "Oüi".
C'est
pas facile !
Essayons encore.
D'accord.
Vïendräs-tü aü pröchaïnz
köncert de Mägmä ?
Sûremann
päs.
Tu le fais exprès, merde !
Euh...
non.
C'est encore pas ça ! Et en plus, faut pas de tréma
sur le a. Sinon, tu utilises un accent qui est
un superlatif absolu donnant l'expression à son
plus haut degré.
Ah
bon ?
Tu aurais dû dire : Jheu lë mankeraï
soü aukûn prétextë !
Finalement,
c'est pas un peu con le Kobaïen ?
Pas du tout. Au contraire ! Il faut insister et tu atteindras
le hamtaï.
Le
quoi ?
Le salut. Apprends à parler le kobaïen, achète
les disques de Magma. Ecoute ma musique et ta vie changera
! Ca me fera un peu de blé et par la même
occasion tu t'élèveras vers un ailleurs
que seuls les membres de la communauté zeuhl ont
la chance d'atteindre !
Bon,
en attendant, je dois vous quitter. Je suis garé
en double file et j'ai peur que Prisunic soit fermé.
Moi aussi j'ai à faire.
Votre
bouquin ?
Non. C'est l'heure du Bigdil sur TF1.
Alors,
je me suis éloigné du grand Christian Vander.
Il était beau et majestueux dans son immense manteau
noir. Il me fit un signe de la main lançant quelques
mots sibyllins. Son logo de Magma dans lequel se reflétait
un soleil couchant et complice, brillait dans le jour
finissant. Je suis remonté à regret, très
ému, dans ma voiture garée en double file,
une Peugeot 405 diesel blanche, 145 000 kms, pneus neufs,
auto-radio sans cassettes de Magma. Arrivé chez
moi, je me suis mis la vidéo des chevaliers teutoniques
tout en écoutant un vieux vinyl de Carl Orff. Ca
ne me fit pas le moindre effet ! Au bout de cinq minutes,
je décidai de laisser tomber et j'ai mis "Kohntarkosz".
J'ai alors pris une aspirine. J'aurais peut-être
mieux fait de me procurer un pétard !
_
par
éRiC
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